Conférence tenue lors de la 23ème édition du salon Officine Expo au centre de conférence Palmeraie Palace de Marrakech et animée par Pr Azzelarab MEFTAH, Professeur agrégé d’endocrinologie et maladies métaboliques à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Marrakech FMPM.
Cette conférence de grande valeur scientifique et d’un apport pratique pertinent a été organisée en partenariat avec les Laboratoires COOPER Pharma.
Lors d’Officine Expo 2026, le Pr Azzelarab MEFTAH a proposé une conférence riche et structurée autour d’un thème central : comment personnaliser l’insulinothérapie chez les patients diabétiques ?
Destinée aux pharmaciens mais aussi aux médecins et autres praticiens de la santé, cette intervention a permis de clarifier les bases physiopathologiques du diabète, d’expliquer la place actuelle de l’insuline dans l’arsenal thérapeutique et surtout de démontrer que le choix de l’insulinothérapie ne doit jamais être standardisé, mais adapté au profil du patient.
1. Comprendre le diabète pour comprendre l’insuline
Le diabète sucré est défini comme une hyperglycémie chronique liée soit à un défaut de sécrétion d’insuline, soit à une résistance à son action. Le diagnostic repose sur des critères biologiques précis :
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Glycémie veineuse à jeun ≥ 1,26 g/L (à deux reprises)
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Glycémie ≥ 2 g/L avec symptômes évocateurs
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HGPO pathologique
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HbA1c ≥ 6,5 %
Le diabète constitue aujourd’hui une véritable pandémie. Selon les données internationales récentes, près de 600 millions de personnes seraient concernées dans le monde. Au Maroc, la prévalence dépasse 11 %, avec une proportion importante de patients non diagnostiqués.
Les complications sont redoutables :
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Microvasculaires : rétinopathie, néphropathie, neuropathie
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Macrovasculaires : infarctus du myocarde, AVC, artériopathie des membres inférieurs
La prévention de ces complications passe par un contrôle glycémique optimal — et donc, parfois, par l’insuline.
2. Diabète de type 1 et type 2 : deux logiques différentes
2.1. Diabète de type 1 : l’insuline est vitale
Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune entraînant la destruction des cellules bêta pancréatiques. Au moment du diagnostic, la sécrétion d’insuline est quasi inexistante.
➡ L’insuline est donc indispensable à la survie.
Sans traitement insulinique, le patient évolue vers l’acidocétose puis le décès. La stratégie consiste à reproduire au mieux la sécrétion physiologique d’insuline.
2.2. Diabète de type 2 : une maladie évolutive
Le diabète de type 2 débute généralement par une insulinorésistance. Le pancréas compense par une hypersécrétion d’insuline, mais cette compensation s’épuise progressivement.
Point essentiel rappelé par le Pr MEFTAH :
Au moment du diagnostic du diabète de type 2, près de 50 % de la fonction bêta-pancréatique est déjà perdue.
Ainsi, même si l’insuline n’est pas obligatoire au diagnostic, elle devient souvent nécessaire au cours de l’évolution.
3. Pourquoi l’insuline garde-t-elle une image négative ?
Malgré son efficacité, l’insuline reste associée à plusieurs freins psychologiques :
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Peur des injections
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Peur de l’hypoglycémie
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Impression d’« échec thérapeutique »
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Contraintes de vie
D’où l’importance d’anticiper et d’éduquer précocement le patient à cette éventualité, afin d’éviter une résistance ultérieure.
4. Les différents types d’insuline disponibles
L’évolution technologique a profondément transformé l’insulinothérapie.
4.1. Insulines basales
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NPH (intermédiaire)
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Analogues lents (glargine, detemir)
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Analogues ultra-lents (degludec, glargine U300)
Caractéristiques :
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Durée prolongée
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Pic absent ou minimal (surtout pour les analogues)
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Réduction du risque d’hypoglycémie nocturne
4.2. Insulines rapides
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Rapide ordinaire (délai ≈ 30 min)
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Analogues rapides (≈ 10–15 min)
Les analogues rapides ont une durée d’action plus courte (≈ 3h) que l’insuline rapide classique (≈ 6h), ce qui diminue le risque d’hypoglycémie tardive.
4.3. Insulines prémixées
Association fixe d’insuline rapide + intermédiaire.
Pratiques mais moins flexibles.
4.4. Co-formulations
Association dans un même stylo d’un analogue rapide et d’un analogue ultra-lent.
5. Le diabète de type 1 : vers une insulinothérapie physiologique
5.1. Le schéma basal-bolus
Il s’agit du standard actuel :
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1 injection d’insuline basale (couvre les besoins entre les repas et la nuit)
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3 injections d’insuline rapide (avant chaque repas)
Ce schéma imite la sécrétion physiologique :
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Sécrétion basale continue
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Pics postprandiaux adaptés aux repas
Avantage :
✔ Moins d’hypoglycémies
✔ Plus de flexibilité
✔ Meilleur équilibre glycémique
5.2. L’insulinothérapie fonctionnelle
Approche avancée basée sur l’éducation du patient :
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Calcul des glucides ingérés
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Ratio insuline/glucides
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Facteur de correction selon la glycémie préprandiale
Le patient adapte lui-même ses doses. Cette stratégie améliore considérablement l’autonomie et la qualité de vie, mais nécessite une formation structurée.
5.3. Les pompes à insuline
Disponibles au Maroc (Marrakech, Rabat, Casablanca), elles permettent :
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Administration continue d’insuline rapide
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Micro-bolus automatiques
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Boucle fermée hybride avec capteur glycémique
Avantages :
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Meilleure stabilité glycémique
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Réduction des hypoglycémies
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Qualité de vie améliorée
Limite : coût élevé et remboursement encore limité.
6. Diabète de type 2 : quand et comment introduire l’insuline ?
Le diabète de type 2 dispose d’un large éventail thérapeutique :
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Metformine
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Sulfamides
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Inhibiteurs DPP-4
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Inhibiteurs SGLT2
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Analogues GLP-1
La stratégie dépend :
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Du profil cardiovasculaire
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De la fonction rénale
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De l’âge
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Du poids
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Du risque hypoglycémique
Introduction progressive
En pratique :
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Mesures hygiéno-diététiques
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Bithérapie ou trithérapie orale
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Ajout d’insuline basale
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Intensification si nécessaire (basal-plus, basal-bolus ou prémix)
L’insuline basale est souvent la première étape. Elle est titrée progressivement pour atteindre l’objectif glycémique.
7. Personnaliser l’insulinothérapie : les critères clés
Le choix doit tenir compte de :
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L’âge du patient
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Son autonomie
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Son mode de vie
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Son activité professionnelle
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Son niveau d’éducation thérapeutique
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Son risque d’hypoglycémie
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La présence de complications
Exemples :
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Patient âgé fragile → schéma simple, objectif moins strict
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Patient jeune actif → schéma flexible, basal-bolus ou fonctionnel
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Patient peu observant → prémix possible
La personnalisation est donc une décision clinique, éducative et humaine.
8. Le rôle central du pharmacien
Pr MEFTAH a insisté sur la place stratégique du pharmacien :
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Éducation à l’injection
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Surveillance des hypoglycémies
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Conseil sur la conservation
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Accompagnement au Ramadan
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Détection des erreurs de titration
Le pharmacien devient un acteur majeur de l’adhésion thérapeutique.
Insuline et Ramadan
À l’approche du mois sacré, l’adaptation thérapeutique est essentielle :
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Ajustement des doses
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Surveillance accrue
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Éducation au risque hypoglycémique
L’individualisation est encore plus cruciale dans ce contexte.
9. Conclusion : de l’insuline standard à l’insuline personnalisée
L’insulinothérapie n’est ni un échec, ni une sanction. Elle est un outil puissant, parfois vital, toujours stratégique.
Chez le diabétique de type 1, elle est indispensable.
Chez le diabétique de type 2, elle devient souvent nécessaire avec le temps.
La question n’est donc plus :
“Faut-il prescrire de l’insuline ?”
Mais plutôt :
“Quelle insuline, pour quel patient, à quel moment, et avec quel accompagnement ?”
C’est précisément cette vision personnalisée et pragmatique que le Pr MEFTAH a brillamment défendue lors d’Officine Expo : une insulinothérapie adaptée, éducative et centrée sur le patient.
