Lors du salon Officine Expo 2026, la conférence « Pharmacien et conseil des nutraceutiques : spécial Hiver » a marqué les esprits par sa dimension à la fois scientifique et profondément pratique. Animée par le Dr Meryam Khaled, médecin spécialiste en nutrition clinique et santé intégrative, cette intervention a replacé le pharmacien au cœur d’une approche globale de la santé respiratoire.
1. De la santé symptomatique à la santé intégrative
Dès les premières minutes, le ton est donné : « Qui connaît l’approche intégrative ? »
La santé intégrative, explique Dr Khaled, est une approche holistique. Elle considère le patient dans sa globalité – son terrain, son mode de vie, ses carences, son environnement – et non uniquement à travers le symptôme.
Car le constat est clair : l’hiver a changé. Les pathologies respiratoires durent plus longtemps, rechutent davantage, résistent aux traitements usuels. Toux persistantes, fatigues prolongées, récidives à répétition… Ce n’est pas le virus qui a changé, c’est le terrain du patient qui s’est fragilisé.
2. Le terrain : clé de lecture en officine
En officine, le patient ne vient pas seulement avec une toux ou un mal de gorge. Il vient avec une histoire.
Dr Khaled identifie trois terrains majeurs à considérer :
le terrain immunitaire
le terrain inflammatoire (notamment l’inflammation chronique de bas grade)
le terrain nutritionnel
À cela s’ajoutent des facteurs comme l’anémie, les carences en vitamine D, en zinc ou en magnésium, extrêmement fréquentes au Maroc, en particulier chez les femmes.
Corriger le fer, optimiser la vitamine D (sans recourir systématiquement aux doses de charge), associer le magnésium pour activer son métabolisme, surveiller le zinc : ces bases simples peuvent transformer la réponse immunitaire d’un patient.
Le message est fort : on ne doit pas attendre la carence pour agir. La prévention fait partie intégrante du rôle officinal.
3. L’hiver : un révélateur de vulnérabilité
Pourquoi ces symptômes respiratoires traînent-ils davantage aujourd’hui ?
Mode de vie sédentaire, alimentation pauvre en micronutriments, troubles du sommeil, surpoids, inflammation chronique silencieuse… Autant de facteurs qui affaiblissent le terrain.
Dr Khaled insiste sur un point clé : traiter uniquement le symptôme sans corriger le terrain, c’est préparer la récidive.
Le pharmacien, par sa proximité et son accessibilité, est idéalement placé pour identifier ces fragilités.
4. Le rôle stratégique du pharmacien
Selon les données évoquées durant la conférence, près de 60 % des décisions de santé se prennent au comptoir.
Le pharmacien n’est pas un simple dispensateur : il est un organisateur du soin. Accessible, disponible, souvent premier recours, il peut proposer un conseil structuré, basé sur la compréhension de la physiopathologie.
Mais pour cela, il doit dépasser l’approche « sirop pour la toux » et intégrer une vision plus large :
Soulager le symptôme
Protéger la muqueuse
Corriger le terrain
Cette triple action permet une guérison plus rapide et une fidélisation naturelle du patient.
5. One airway, one disease
Un des points pédagogiques forts de la conférence concerne la physiologie respiratoire.
Du nez aux bronches, la muqueuse est identique. Congestion nasale, mal de gorge, toux : ce ne sont pas trois maladies différentes, mais des expressions d’un même déséquilibre inflammatoire affectant la muqueuse respiratoire.
La clé ? Le tapis muco-ciliaire.
Ce système de défense naturel, composé de mucus et de cils vibratiles, assure l’élimination des particules et agents pathogènes. Lorsqu’il est altéré par l’inflammation, la clairance diminue, le mucus s’épaissit et le cercle vicieux s’installe.
L’approche intégrative vise donc à :
restaurer la qualité du mucus
protéger la muqueuse
limiter l’inflammation
6. Médicaments et nutraceutiques : complémentarité, pas opposition
Dr Khaled ne remet pas en cause les traitements classiques. Antibiotiques et corticoïdes ont leur place lorsque l’indication est justifiée.
Mais ils ne constituent pas une solution de fond.
C’est ici qu’intervient la notion de nutraceutique.
Contrairement au simple complément alimentaire, le nutraceutique est titré, standardisé et validé cliniquement. Il garantit une concentration précise en actifs et une reproductibilité d’efficacité, dans des conditions proches des normes pharmaceutiques.
Le nutraceutique agit là où le médicament s’arrête :
soutien immunitaire
modulation de l’inflammation
réparation muqueuse
prévention des récidives
7. Vers une nutri-ordonnance officinale
L’une des idées pratiques fortes de la conférence est la création de « nutri-ordonnances » : fiches conseils personnalisées, rédigées par l’officine, intégrant recommandations micronutritionnelles et hygiéno-diététiques.
Éducation thérapeutique, conseils écrits, communication claire : autant d’outils pour instaurer un climat de confiance et sortir de la logique transactionnelle.
Le bouche-à-oreille reste un levier puissant au Maroc. Un patient réellement soulagé devient un ambassadeur.
8. Une vision moderne de l’officine
En filigrane, cette conférence dessine le portrait d’une officine moderne :
scientifique
pédagogique
proactive
intégrative
Le pharmacien n’oppose pas médicament et nutraceutique. Il articule les deux.
Il ne traite pas seulement l’épisode hivernal. Il accompagne le terrain.
Et peut-être est-ce là la véritable innovation : passer d’une logique de délivrance à une logique d’accompagnement durable.
À l’heure où les pathologies respiratoires hivernales deviennent plus longues et plus invalidantes, l’approche intégrative proposée par Dr Meryam Khaled redonne au pharmacien une place centrale : celle d’un acteur stratégique de la santé globale.
