La pigmentation acquise de la face constitue un motif fréquent de consultation en dermatologie et une demande tout aussi courante au comptoir officinal. Loin d’être uniquement esthétique, elle peut traduire des mécanismes physiopathologiques complexes et nécessite une analyse rigoureuse afin d’éviter les erreurs diagnostiques et les prises en charge inadaptées.
Lors de la conférence présentée dans le cadre d’Officine Expo 2026, Dr Lamia OUDRHIRI, dermatologue vénérologue et spécialiste des lasers et de la médecine Anti-âge a rappelé l’importance d’une approche structurée : identifier le type de pigmentation, comprendre son mécanisme, éliminer les diagnostics différentiels et adapter la stratégie thérapeutique.
1. Une problématique fréquente aux causes multiples
La pigmentation acquise du visage regroupe l’ensemble des hyperpigmentations apparaissant secondairement, sur une peau antérieurement saine. Elle touche majoritairement la femme adulte, mais peut concerner tous les phototypes.
Les principales étiologies évoquées lors de la conférence incluent :
Le mélasma
L’hyperpigmentation post-inflammatoire
Les pigmentations médicamenteuses
Les dermatoses pigmentogènes chroniques
Les causes endocriniennes
Le visage, en raison de son exposition solaire chronique, constitue un terrain particulièrement vulnérable.
2. Comprendre la physiopathologie
La pigmentation repose essentiellement sur une production excessive ou une répartition anormale de la mélanine. Deux mécanismes principaux sont distingués :
Hyperactivité mélanocytaire : augmentation de la synthèse de mélanine sans augmentation du nombre de mélanocytes.
Dépôt dermique de mélanine : souvent secondaire à une inflammation, avec rupture de la membrane basale et migration de mélanine vers le derme.
L’exposition aux UV joue un rôle central. Elle stimule la tyrosinase et favorise la synthèse mélanique. Les facteurs hormonaux (contraception, grossesse) interviennent également, notamment dans le mélasma.
La conférence a insisté sur la dimension multifactorielle : génétique, inflammation, rayonnement solaire, hormones et parfois médicaments s’associent.
3. Le mélasma : diagnostic phare mais piégeux
Le mélasma reste la cause la plus fréquente de pigmentation acquise du visage. Il se caractérise par :
Des macules brun clair à brun foncé
Une distribution centro-faciale, malaire ou mandibulaire
Une évolution chronique avec aggravation estivale
Cependant, le diagnostic n’est pas toujours évident. Certaines hyperpigmentations post-inflammatoires ou médicamenteuses peuvent mimer un mélasma.
La lumière de Wood peut aider à distinguer les formes épidermiques (accentuation sous lumière) des formes dermiques (peu modifiées).
4. Les pièges diagnostiques
Plusieurs situations doivent alerter :
Pigmentation unilatérale
Présence de papules ou d’infiltration
Symptômes associés (prurit, brûlure)
Début brutal
Une hyperpigmentation post-inflammatoire secondaire à une acné, un eczéma ou un geste esthétique est fréquente et peut être confondue avec un mélasma.
Les pigmentations médicamenteuses doivent être recherchées par l’interrogatoire (antipaludéens, amiodarone, certains psychotropes).
5. Stratégie thérapeutique : patience et rigueur
Le traitement repose sur trois piliers indissociables.
1. Photoprotection stricte
C’est la pierre angulaire. Une protection solaire large spectre, appliquée quotidiennement et renouvelée, est indispensable. Sans elle, tout traitement dépigmentant sera voué à l’échec.
2. Traitement dépigmentant
Les molécules les plus utilisées incluent :
Hydroquinone
Acide azélaïque
Rétinoïdes
Vitamine C
Acide kojique
Les formules combinées permettent souvent de meilleurs résultats.
Les peelings chimiques et certains lasers peuvent être proposés par le dermatologue, mais doivent être réalisés avec prudence pour éviter une hyperpigmentation rebond.
3. Prise en charge des facteurs favorisants
Arrêt ou adaptation d’un traitement hormonal si nécessaire, contrôle d’une inflammation cutanée, traitement d’une acné sous-jacente.
6. Rôle clé du pharmacien d’officine
La conférence a particulièrement souligné l’importance du pharmacien dans le parcours de soin.
Orientation
Le pharmacien doit savoir identifier :
Une pigmentation compatible avec un mélasma
Une situation nécessitant un avis dermatologique
Une urgence ou un signe atypique
Éducation thérapeutique
Le succès repose sur l’observance. Le pharmacien explique :
L’importance de la photoprotection quotidienne
La durée du traitement (souvent plusieurs mois)
Le risque de récidive
La nécessité d’une application régulière
Il joue également un rôle majeur dans la prévention des mésusages (automédication prolongée à l’hydroquinone, produits éclaircissants non contrôlés).
Accompagnement personnalisé
Conseil dermocosmétique adapté au phototype, choix d’écrans solaires teintés (intéressants dans le mélasma pour bloquer la lumière visible), adaptation des routines de soin.
7. Une prise en charge collaborative
La conférence a mis en avant l’intérêt du partenariat avec A2S, qui permet :
Une formation continue des équipes officinales
Une harmonisation des pratiques
Une meilleure coordination avec les dermatologues
Cette collaboration renforce la qualité du conseil et sécurise la prise en charge des patients présentant une pigmentation faciale.
8. Messages clés à retenir
Toute pigmentation acquise du visage nécessite une analyse clinique rigoureuse.
Le mélasma est fréquent mais non exclusif.
La photoprotection quotidienne est indispensable.
Les traitements exigent patience et régularité.
Le pharmacien est un acteur central dans l’éducation et l’orientation.
9. Conclusion
La pigmentation acquise de la face représente un défi thérapeutique à la fois médical et psychologique. Visible, chronique et souvent récidivante, elle impacte la qualité de vie des patients.
Grâce à une meilleure compréhension des mécanismes, à une stratégie thérapeutique adaptée et à une collaboration étroite entre dermatologues et pharmaciens — notamment dans le cadre de partenariats structurés comme celui avec A2S — la prise en charge devient plus efficace et plus sécurisée.
L’officine s’affirme ainsi comme un maillon essentiel du parcours de soin dermatologique, capable d’informer, d’orienter et d’accompagner durablement les patients confrontés aux troubles pigmentaires du visage.
